HISTORIQUE DE ST MARCEL
Parmi toutes les traditions locales dont s'enorgueillit la Provence, il en est peu d'aussi anciennes et d'aussi pittoresques que la St-Marcel de Barjols. Son but est de commémorer l'arrivée dans notre village des reliques du Saint Protecteur de la cité. Saint-Marcel est né en Avignon au début du Vème siècle. Il fut nommé évêque de Die dans la Drôme en 463. A près de 80 ans, en revenant de Rome, où il avait voulu voir le pape pour lui rendre compte de sa mission, le Saint Vieillard, se sentant fatigué, s'arrêta au monastère de St Maurice, près de Montmeyan, village du haut Var. Il y mourut et y fut enterré. Son tombeau fut entouré d'une grande vénération et, ayant fait de nombreux miracles, il fut proclamé saint. En 1349, cette abbaye tombant en ruine, St Marcel apparut au prêtre gardien du monastère et lui demanda de faire transporter son corps dans un « locus magis religiosum » ce qui signifie dans un lieu plus religieux, plus chrétien. Le bon gardien fut fort embarrassé car les Collégiales d’Aups et de Barjols voulaient s’attribuer l’une et l’autre l’honneur de le posséder.
Le Comte de Provence était en ce moment à Brignoles. Les Chanoines d’Aups et de Barjols vont le consulter. Avant de décider à qui appartient les reliques, il veut connaître la distance qui sépare Aups et Barjols du monastère de St Maurice, la distance la plus réduite devant les recevoir. Mais, tandis que, scrupuleusement, les vénérables chanoines arpentent collines et vallons et que les populations anxieuses attendent le résultat de leurs pérégrinations, les habitants de Tavernes conseillent à leurs amis de Barjols d’emporter les reliques. On se hâte vers le monastère dont le pieux gardien a oublié de fermer les portes. On s’empare du corps et c’est en courant que, le 17 janvier 1350, les audacieux porteurs de reliques se dirigent vers Barjols aux applaudissements des habitants de Tavernes que les Barjolais reconnaissants appellent depuis « Les Avocats ». Car, de plus, la tradition rapporte que les Aupsois, ayant appris le transport des Reliques, seraient venus pour arrêter les Barjolais. Mais les Tavernais malins, plaidant la cause des barjolais, avaient ainsi retardé Aups jusqu’au moment où le Corps de Saint-Marcel soit en sureté à Barjols.
Les Barjolais en liesse, comme chaque année à pareille date, avaient conduit en deçà des Paluds, jusqu’aux confins du territoire, vers le Nord, (aux Passadouires sur le route de Tavernes), un bœuf, qu’ils avaient dépecé. Ses débris fumants emplissaient déjà de larges corbeilles qu’en de joyeuses farandoles, jeunes filles et garçons s’apprêtaient à transporter. Cette coutume rappelait la joie délirante des Barjolais lorsque, quelques années auparavant, un bœuf, trouvé à cette même place, les avait sauvé d’une atroce famine. Le groupe pieux qui, chargé des reliques se dirigeait vers Barjols, arrive sur les lieux au moment même où la jeunesse turbulente y était réunie. On s’embrasse, on se félicite et, tous ensemble, comme des triomphateurs chargés de butins, on vient vers l’antique Collégiale. C’était l’heure où, les vénérables Chanoines chantaient « Les Complies ». Malgré tout, le cortège entre dans l’Eglise au milieu d’un enthousiasme sans bornes.
Après quelques sauteries autour des Reliques et cela sans souci du lieu saint où se déroule les Complies, les barjolais, ivres de joie, entonnent pour la première fois le refrain :
Sant Macèu Sant Macèu
Leis Tripetos vendran lèu !
Ainsi chaque année c’est aux Complies que l’enthousiasme des Barjolais se manifeste d’abord. L’Antique Collégiale est brillamment illuminée. Devant son Autel, le buste de Saint Marcel est exposé à la vénération de tous et il disparait parmi les fleurs. Lorsque l’office religieux est terminé, la musique vient prendre place sur les degrés du Maître-autel pour accompagner « La danse des Tripettes ». Le spectacle devient féérique et indescriptible, garçons et filles, hommes et femmes, enfants et vieillards, tous, dansent et reprennent en cœur le refrain :
Sant Macèu Sant Macèu
Lou Bèu jour qu’es notro festo
Sant Macèu, Sant Macèu
A Barjou rén de tant bèu !
Références :
Barjols et le Culte de St Marcel (P. Vaillant, 1904)
Notice Historique de la Collégiale de Barjols - Vie et Traditions de St Marcel (G.-H. Blanc, 1976)
