Interdictions, empêchements, interventions ...
extraits de "La Saint-Marcel et les Tripettes de Barjols", P. Vaillant, 1994, imp. brignolaises
La célébration de la fête de la Saint Marcel s'est heurtée à des interdictions des autorités religieuses et civiles, à des empêchements par suite d'épidémies et de manque de moyens, et enfin à des interventions.
Interdictions des autorités religieuses
Par deux fois des évêques interdirent la célébration traditionnelle de la fête. La première: c'est sous l'épiscopat de Mgr Benoît-Antoine de Clermont-Tonnerre, évêque de Fréjus de 1676 à 1678. Une "sentence" fut prise contre les "désordres de la Saint-Marcel à Barjols". Avant la fin de 1677, une année après son installation, il avait visité 56 paroisses. A Barjols il se rend à la chapelle de N.D. de Bon Refuge et trouve ce lieu si beau, si dévot, qu'il inspire même la dévotion aux plus tièdes, ce qui donne, ajoute-t-il, une grande consolation. C'était la chapelle souterraine des Carmes. La "sentence" : dans cette paroisse, les plus graves désordres déshonoraient le culte de Saint Marcel, patron de la ville. "Le jour de la fête, Prieurs et Prieuresses se réunissaient avec de nombreux invités en un "banquet" où régnait la plus grande licence! Pendant la cérémonie religieuse, on se livrait à des danses scandaleuses!... des hommes déguisés en femmes allaient sous ce travestissement baiser les reliques du saint. "Clermonts-Tonnerre dut interdire sous peine d'excommunication!...danses et festin!...et ordonner que la vaisselle d'argent de la confrérie soit vendue pour l'achat d'une chasse d'argent de plus de 3.000 livres que l'on se proposait de commander". "Il prescrivit en outre que, chaque année, le Dimanche avant fête, lecture serait faite au prône de la sentence qu'il venait de rendre" (Réf. l’abbé Espitaller… "Les Evêques de Fréjus" tome II, p. 132 et suivantes. Heureusement cette interdiction ne fut que passagère: Luc d'Aquin, Evêque de Fréjus de 1681 à 1697, reconnait à Barjols l'authenticité de ce qui reste des reliques de Saint Marcel, sauvées du bûcher des Huguenots et récemment cédées par Joseph de Pontevès à l'église Collégiale de Barjols, et leva l'interdiction.
La deuxième interdiction fut celle de Mgr Martin du Bellay, Evêque de Fréjus de 1739 à 1766. Paul Vaillant écrit dans son livre, p.127 et suivantes, qu'en 1756 la fête de la Saint-Marcel n'a pu avoir lieu par suite d'une ordonnance du 2 janvier de cet Evêque. P.A. Février ne raconte pas cela de la même façon: dans cette ordonnance l'Evêque n'interdit pas la fête mais fit certaines protestations et le 25 février 1756 il écrivit au Prévôt du Chapitre qu'il permettait la procession des reliques de Saint Marcel le 17 janvier, mais sans "tambours ni mousqueterie" et sans "bénédiction du pain et de la viande". Après la mort de l'évêque, le conseil de la Ville envoya, le 11 janvier 1768, une députation pour rétablir la fête comme avant, mais ce fut un échec et le soir du 16 janvier, veille de la fête patronale, les barjolais fâcheusement impressionnés trouvèrent closes les portes de l'église; le clergé avait obéi aux ordres de l'Evêque. Paul Vaillant ajoute que ce pénible incident n’amoindrit pourtant pas le culte de Saint Marcel, et la traditionnelle procession fut toujours, par la suite, plus brillante et plus bruyante. Par contre P.A. Février n'est pas de cet avis et écrit qu’à en en croire le dictionnaire d'Achard la tradition n'a pas été reprise avant la Révolution.
Interdictions des autorités civiles
Lors de la réunion du Conseil Municipal (C.M.) du 8 novembre 1885 Jules Blanc demande l'interdiction des processions et le C.M. émet le vœu: Le Conseil Municipal invite le Maire à interdire les processions et la moindre manifestation hostile aux institutions républicaines". Ce qui fut fait. Lorsqu'en 1892, la municipalité, qui interdit la procession de Saint Marcel, arrive au terme de son mandat, les barjolais s'unirent pour la congédier et la municipalité nouvelle organisa aussitôt la fête de la Saint Marcel avec le bœuf rôti tout entier.
Lors de la séance du Conseil Municipal du 5 janvier 1898 il est décidé que la veille de la fête sera brûlé un feu de joie sur la Rouguière, que le soir de la fête un feu d'artifice sera tiré sur cette place et vote 20 frs pour un concours de boules et qu'il paiera l'orchestre du bal.
Le 31 décembre 1898 le C.M. est d'accord pour voter les mêmes dépenses que pour l'année précédente avec un concours de boules ferrées.
Le 18 décembre 1903 le C.M. vote pour la Saint-Marcel des crédits pour un bal public, un
feu de joie et un feu d'artifice.
Le 10 juin 1904 le C.M. décide d'interdire à nouveau les processions.
Le 2 janvier 1907 le C.M. décide par 8 voix contre 3 que la fête patronale ne sera plus célébrée officiellement.
Le 9 janvier 1909 le C.M. vote un crédit de 250 frs pour la Saint-Marcel, mais "que pour des prix et amusements publics, pas un sou doit revenir à la musque qui assisterait à une manifestation religieuse quelconque".
Ce n'est qu'en 1947, à l'initiative de Marius Fabre, que le saint put, à nouveau et depuis 1898, (re)défiler dans la ville, et malgré la colère du maire, Marcel Amic, qui n’avait pas été averti ! Cette procession continue de se faire de nos jours.
Empêchements
A plusieurs reprises la fête fut supprimée en particulier quand la peste sévissait dans la région. D'autres fois elle n'a pas pu avoir lieu par suite de la misère des temps et des dépenses trop fortes qu'elle imposait aux particuliers et à la Ville, comme en 1702 et 1727.
Interventions
Il y eut aussi les interventions de certaines personnes amis des animaux sur la mise à mort du bœuf lors de 1a célébration des "Grandes Saint -Marcel". Des personnes se sont plusieurs fois élevées contre la fête à cause du bœuf, de sa mise en broche et de son rôtissage, cela sans avoir assisté aux festivités. En 1930, après la fête, le maire, Louis Guérin, reçut la lettre dont nous donnons ci-dessous le texte :
"Monsieur le Maire, Nous nous sommes demandés en lisant le compte rendu du Centenaire de Mistral. nous avons bien lu ? Qu'est-ce donc que les habitants de Barjols? Pire que des sauvages. Alors les jeunes filles, vous devriez dire jeunes ogresses, peuvent rire et danser pendant qu'on martyrise un malheureux bœuf ? Il est vrai que les gens du Midi sont des bourreaux et des monstres! Quand il arrivera des malheurs dans le Midi ou l'Espagne nous applaudirons et nous rirons comme vos ogres et ogresses devant leur victime innocente. Vraiment cela fait rire de voir un malheureux bœuf agoniser au milieu des flammes? Vous leur direz de notre part que la malédiction est suspendue sur eux et que tout ce qui se rattache à eux ou au Midi est exécré par les gens qui ont du cœur. Il faudrait prendre tous ceux qui assistent à des spectacles pareils les inonder de pétrole et mettre le feu après. Les bêtes martyres. Il n'y en a pas un dans cette populace lâche qui empêcherait ces infamies! Pauvre bœuf, il n se doutait pas ce qu'on complotait contre lui, entouré si gentiment, il y avait bien ces bons messieurs en blanc, mais une bête ne peut soupçonner la traitrise!" Cette lettre n'était pas signée. Cette personne s'imaginait que le bœuf était mis en broche vivant !
En 1959 l'histoire recommença et le maire, Marcel Amic, reçut le mot suivant:
"C'est dégalasse (sic) une telle sauvagerie dans notre siècle! Vous devez avoir honte de vous Monsieur le Maire et Monsieur le Curé de Barjols!!!".
A ce mot elle joint un article de journal parlant de la Saint-Marcel avec photo du bœuf. Sur cet article elle a écrit:
"Il faut mettre en broche le Maire et le Curé de Barjols ! au lieu de pauvre bœuf sans défense !!!"
En 1978, cette même personne ou une autre téléphonera au Curé. Il était avec Mgr Barthe et le Prédicateur Rouvier. Ils essayèrent de lui rétorquer qu'elle devait bien manger de la viande, du gibier ou de la volaille, rien n'y fit; elle poursuivit ses invectives. Le téléphone fut alors posé sur la table et elle continua à déblatérer un bon quart d'heure !
De telles interventions ont continué depuis, mais pas un de ces personnes n'est venue se rendre compte que le Bœuf de la Saint-Marcel est, avant la fête, choyé comme pas un et que si on le tue c'est de la même façon que des milliers de bovins sont tués chaque jour.
Cependant, en 1989, la Fondation Brigitte Bardot est intervenue. D'abord Brigitte Bardot a téléphoné à Mme Breissand, à Yvon Pourrières (qui gardait le bœuf), au Curé et au Président Yves Breissand qui l'a invitée à venir voir la fête. Elle lui a répondu qu'elle ne viendrait que si on lui vendait le bœuf (vivant) ! Ensuite le samedi 14 janvier au moment où l'on menait le bœuf à l'abattoir quatre membres de cette association sont intervenus en disant que l'on ne pouvait pas tuer un bœuf qui avait été béni. Naturellement les barjolais ont passé outre !
